Catégories
Portraits

Etudiante américaine en France : « Comment le WWOOF a joué un rôle dans ma vie. »

Lorsque j’ai fait mon sac, direction la Haute-Savoie, j’ai enfilé une paire de bottes et laissé mes attentes derrière moi, prête pour l’aventure et la découverte. De nature curieuse et enthousiaste, j’avais choisi une façon concrète de découvrir la France – le pays où j’étudiais et dont j’étudiais la langue – tout en respectant mes convictions pour l’environnement : le WWOOFing. Depuis, mon diplôme en poche, j’ai poursuivi mon exploration jusqu’en Italie (en WWOOFing aussi!) où j’ai définitivement posé mes bagages… dans une ferme ! Dans cet article, je vous partage ma première expérience de WWOOFeuse en France, et le rôle qu’elle a joué dans ma vie.

« Alex avait fait du WWOOFing pendant 15 ans à travers le monde, et, maintenant qu’elle s’était installée avec Via, elle souhaitait ouvrir sa maison pour partager avec d’autres WWOOFeurs ce qu’elle avait reçu. »

Ma première expérience de WWOOFing (j’ai ensuite répondu régulièrement à « l’appel de la nature ») a eu lieu à Evian (les américains connaissent cette petite ville grâce à l’eau en bouteille !) et c’était aussi justement la première fois que mes hôtes allaient recevoir un WWOOFeur !

Aux vacances de printemps, après mes cours, j’ai quitté Paris pour rejoindre Alex et Via, un couple de françaises qui pratiquaient la permaculture dans la petite ville d’Evian. Etait-il possible d’avoir un mode de vie durable et de faire de l’agriculture biologique en ville ? J’ai découvert que c’était non seulement possible, mais surtout souhaitable pour l’avenir.

Découvrir les ficelles d’une vie résiliente et autonome

Mes hôtes sont devenues mes guides ! Ils m’ont fait découvrir les ficelles d’une vie résiliente et autonome, et j’ai découvert que cela relevait d’une vision du monde, d’une philosophie qui mettait la nature et l’alimentation au centre.

Alex est venue me chercher à la gare juste à temps pour le déjeuner (une belle salade faite à partir de tous les ingrédients cueillis dans leur potager). J’étais admirative de son style de vie : elle avait fait du WWOOFing à travers le monde ces quinze dernières années, et, maintenant qu’elle était installée avec sa compagne, elle souhaitait ouvrir sa maison pour partager avec d’autres WWOOFeurs ce qu’elle avait reçu. Je n’ai cessé de lui poser des questions pendant mon séjour. Elle me répondait avec beaucoup de naturel et de patience.

L’un des premier sujet concernait le travail, ou plutôt comment trouver une organisation conciliant plaisir et aide qui nous conviendrait à toutes les deux. «Tu fais comme tu le préfères, tu peux venir nous aider le matin ou l’après-midi – ce qui te convient le mieux. On s’attend à ce que tu nous consacres environ 20 à 25 heures par semaine», m’ont-elles expliqué. Ensemble, nous avons établi un petit programme : je les rejoindrai tôt le matin, de façon à pouvoir profiter aussi de mes après-midis et de mes week-ends pour explorer la région.

J’ai compris que le WWOOFing était un échange. Accueillir des WWOOFeurs était un moyen pour elles d’obtenir un coup de main enthousiaste, de partager les pratiques auxquelles elles croyaient, et aussi – et surtout – d’avoir des échanges avec la diversité du monde.

Un quotidien organisé dans le souci de l’environnement

Pour ma part, je découvrais un quotidien organisé avec le souci de l’environnement. Chez elles, il y avait des toilettes sèches mais aussi un système de récupération d’eaux « utilisées » (du lave-vaisselle par exemple) qui allait à l’arrosage des plantes. Dans mes expériences ultérieures de WWOOFing, j’ai rencontré des hôtes qui utilisaient toutes sortes de techniques éco-durables, comme un gars qui avait construit sa propre maison en paille et en bois et produisait sa propre électricité grâce à des panneaux solaires.

Mes journées commenceaient après le petit-déjeuner et je quittais le jardin à l’heure du déjeuner. Les tâches étaient dynamiques et variées et Alex et Via me demandaient toujours ça me convenait. J’ai découvert la permaculture, mais aussi que l’ont pouvait manger certaines fleurs, comme les fleurs d’aubergines, en salade ou frites. C’était savoureux ! J’ai aussi compris qu’on pouvez utiliser l’herbe coupée dans la cour pour la mettre autour de la base des plantes afin de les protéger de la chaleur et du soleil en été.

Sentir mon corps bouger différemment que sur une chaise de bureau, travailler dehors en sentant le soleil chaud sur ma peau, et le plein air frais dilater mes poumons…

Enfin vivante !

Les contraintes de ma vie parisienne étriquée s’étaient évanouies, et je me sentais infiniment vivante ! Un jour, alors qu’on on abattait un gros mur épais – un truc vraiment physique et acharné – j’ai éprouvé cette métaphore du mur en moi, intensément. Et Dieu que c’était bon !

A Paris, je me sentais coincée dans les mêmes cycles – métro boulot dodo comme on dit. Décider de décoller et de faire quelque chose hors de la norme, de vivre avec des étrangers et de s’adapter au rythme de leur style de vie, de prendre une masse et de sentir mon corps bouger différemment que sur une chaise de bureau, travailler dehors en sentant le soleil chaud sur ma peau et le plein air frais dilater mes poumons… Enfin vivante !

Après le déjeuner à 13 heures, je travaillais pour mes cours. Mais après, j’explorais la ville et les environs. Un week-end, j’ai marché jusqu’au quai et pris un ferry pour Lausanne, en Suisse (à seulement 30 minutes de trajet). Parfois, je faisais des activités avec Alex et Via. Par une belle journée, elles m’ont amenée en montagne faire de la randonnée. Alex me montrait de temps en temps des plantes, nous discutions de sujets environnementaux qui nous passionnaient, et l’eau était si fraîche que vous pouviez la boire directement à la source.

Un moyen de sortir du mode de vie capitaliste qui nous entoure.

Le WWOOFing, c’est beaucoup de choses. C’est un moyen de sortir des sentiers battus, de sortir des hôtels sans personnalité et des pièges à touristes coûteux, et de pénétrer dans la vraie vie des habitants. Chez Alex et Via, je ne parlais que le français. J’ai appris des choses que je n’apprendrais jamais à rester dans un Air B’n’b seule ou avec d’autres américains. J’ai pu découvrir leur culture, apprendre de nouvelles choses et même de nouveaux mots. Comme «mauviette» de la façon dont Alex a taquiné Via en plaisantant alors qu’elle avait trop peur de se baigner avec nous dans l’eau froide du lac Léman. J’ai appris à Via le mot anglais pour « brouette » et une fois nous avons fait des tacos tex-mex. Elle m’a appris à poncer des fenêtres en bois et à déguster des fromages français locaux.

Chaque matin, au lever du soleil, nous allions prendre un « bain de réveil » dans le Lac Léman pour commencer la journée. Et rebelotte à la fin de la journée, avant le coucher du soleil et l’apéro.

Le WWOOFing était pour moi un moyen de sortir du mode de vie capitaliste qui nous entoure. Un moyen de vivre de façon désintéressée, en remettant la générosité et le respect de l’autre dans notre quotidien.

Moi aussi, je veux un jour avoir ma propre ferme et ma maison durable.

En WWOOFing, j’ai pu rencontrer des personnes qui partagent les mêmes valeurs que moi en matière d’éco-durabilité et de bio. Des gens qui plus connectés à la terre. Il s’agissait davantage d’une vie holistique dans toutes les facettes de la vie, non seulement de la nourriture biologique, mais aussi des échanges et des relations saines avec d’autres personnes – non pas basés sur l’argent, les transactions ou le profit, mais sur des valeurs et des pratiques plus profondes qui deviennent de plus en plus imminentes dans un monde aux prises avec des crises environnementales, des crises d’immigration, des richesses de classe et une crise de pauvreté.

« Par une belle journée, elles m’ont amenée en montagne faire de la randonnée (…), l’eau était si fraîche que vous pouviez la boire directement à la source. »

Je ne savais pas que ma première expérience de WWOOFing, allait jouer un rôle si important dans ma vie, et sur ce que je deviendrai plus tard. Depuis, je suis allée dans d’autres fermes, et petit à petit mon parcours personnel et mes objectifs futurs ont changés. Moi aussi, je veux un jour avoir ma propre ferme et ma maison durable.

Aujourd’hui, le WWOOFing est le seul slow travel, un moyen authentique d’aller à la rencontre de l’autre et de l’esprit d’un lieu.

Découvrez par vous-même tout ce que la nature a à vous offrir.

D’autres, rencontrés en cours de route ont exprimé des désirs similaires. Un couple américain connu dans une ferme, avait fait du WWOOF dans toute l’Italie et la France pour apprendre les meilleures pratiques de leurs hôtes, pour ensuite retourner aux États-Unis et démarrer leur propre ferme biologique. Une autre WWOOFeuse, après avoir été étudiante toute sa vie, a réalisé qu’étudier était tout ce qu’elle savait faire et voulait renouer avec la nature et diversifier ses compétences. Le plus influent que j’ai rencontré était peut-être un couple du Brésil. Ils avaient fait du WWOOFing sans interruption pendant trois ans, partout, et ont dit qu’ils le feraient pendant les dix prochaines années, ce qui en ferait une sorte de style de vie durable.

Si votre corps en est capable et que votre esprit en a envie, je vous encourage à tenter l’expérience. Prenez la terre entre vos mains, entendez le doux murmure de la langue française, goûtez au fromage local, sentez les champs de lavande de Provence, marchez et admirez la vue du sommet d’une montagne dans les Alpes. Découvrez par vous-même tout ce que la nature a à vous offrir.

Bon WWOOFing à tous,

Marissia

Une réponse sur « Etudiante américaine en France : « Comment le WWOOF a joué un rôle dans ma vie. » »

Laisser un commentaire