Vivre sans gaspiller, réveiller son sens pratique et sa créativité

Faire du WWOOFing, c’est aussi bâillonner le consommateur que l’on a pu devenir et réveiller son côté débrouillard. Recyclage, compost, récupération de l’eau, circuits-ultra-courts, du jardin à son assiette… Des pratiques de bon sens qui ne datent pas d’hier !… Mais enfouies sous la culture de consommation qui dicte les pratiques depuis 60 ans. D’anciens urbains témoignent de leur changement d’habitudes, et la découverte de leur potentiel créatif suite à leur séjour de WWOOF.

Félix et Estelle, la trentaine « On nous a passé des recettes et des façons de faire. »

Après cinq mois de voyage en Asie, nous avons décidé de rentrer en France pour y poursuivre notre voyage : nous avions vu des choses superbes mais aussi l’impact du tourisme de masse. Les guesthouse étaient souvent tenues par des européens et peu d’argent retombait à la population locale, de superbes endroits naturels étaient rasés pour implanter des centres commerciaux, les coraux étaient détruits par les bateaux touristiques… Nous avons alors poursuivi notre voyage en France en faisant du WWOOFing. Notre idée était de découvrir les régions où nous pourrions nous installer après avoir quitté nos boulots en agence de communication à Paris, où ce n’est pas facile d’être un éco-citoyen !

Nous avons mangé des produits frais et de qualité.

Grâce aux rencontres que nous avons faites, nous avons expérimenté la culture du vrac, construit des palissades et des toilettes sèches à partir de matériaux de récupération, appris à faire des éponges, de la lessive… On nous a passé des recettes et des façons de faire. Et surtout, nous avons mangé des produits frais et de qualité. J’ai découvert d’autres façon de faire un repas avec la cuisine végétarienne qui est très créative.

Aujourd’hui, nous avons posé nos valises dans le Tarn où nous nous sommes fait des copains en WWOOFing. J’y suis une formation maraîchage bio/paysan-boulanger dans l’idée de m’installer dans une ferme. Estelle est très impliquée dans le monde associatif local : épicerie sociale, accueil de réfugiés, travail avec Nature et Progrès… Où elle apporte ses compétences en communication.


Dorothée, 38 ans « J’ai acquis plus de respect pour la production agricole BIO et en permaculture, qui nécessite un investissement de tous les instants »

« J’ai adopté un mode de consommation moins générateur de déchets, comme la généralisation du vrac, et l’adoption du compostage. On faisait cela à la ferme, et ça m’a inspirée. »

Je suis une citadine, j’étais juriste et j’ai grandi en ville dans une famille très carnivore. Le WWOOFing m’a fait découvrir un autre monde. .

Ça m’a guérie des précautions inutiles qu’on m’a inculquées.

J’adorais déjà cuisiner avant d’aller en WWOOFing, mais cuisiner pour une collectivité, avec la contrainte d’un choix limité d’ingrédients du fait d’utiliser les produits que l’on avait sous la main, m’a vraiment enthousiasmée, et j’ai beaucoup aimé la créativité qui naît de la contrainte. Ça a m’a guérie des précautions inutiles qu’on m’a inculquées, comme jeter un légume moche par exemple. Surtout, quand on a expérimenté le maraîchage, un travail très engageant sur le plan physique, jeter un légume devient sacrilège ! J’ai pris conscience que les légumes et les fruits ont une valeur bien plus forte. Qu’on ne doit pas les balancer sans que ce soit du mépris pour le travail et les ressources naturelles que ça représente. Si effectivement le wwoofing m’a fait appris quelque-chose, c’est la valeur symbolisée par un légume, liée au travail, à l’effort et au temps passé en amont à le cultiver. J’ai acquis plus de respect pour la production agricole BIO et en permaculture, qui nécessite un investissement de tous les instants.

 De plus, j’ai adopté un mode de consommation moins générateur de déchets, comme la généralisation du vrac, et l’adoption du compostage. On faisait cela à la ferme, et ça m’a inspirée.


Eric, 54 ans « J’ai décidé d’être cohérent avec mes valeurs et de vivre avec le moins de choses possible. »

« Personne n’est parfait, chacun essaie de faire au mieux avec ses moyens. »

J’étais ingénieur informatique dans une grande ville et j’avais un fort pouvoir d’achat. J’aimais sortir avec des copains et discuter. Mais je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de bonnes intentions, mais trop d’écarts entre les mots et les actes de beaucoup de gens que je connaissait en ville. J’ai décidé d’être cohérent avec mes valeurs, et donc de vivre avec le moins de choses possible. Pour cela, j’ai vendu mes affaires pour aller à la rencontre des personnes qui font la transition écologique, en vélo ou en train, juste avec un petit sac à dos.

Discuter avec les hôtes des arrangements qu’on est obligés de faire à contre-coeur.

Je fais des pauses et je retourne régulièrement chez moi. Aujourd’hui, j’ai passé en tout 24 semaines en WWOOFing dans 7 lieux différents. Je connaissais déjà beaucoup de choses en permaculture et sur un mode de vie plus sobre. J’ai découvert des personnes plus impliquées que moi, comme cet hôte qui limitait ses achats de produits non locaux, comme le café ou le thé par exemple. La plupart essaie de limiter sa consommation d’eau, de récupérer l’eau de pluie, d’utiliser peu d’emballages.

J’ai souvent eu l’occasion de discuter avec les hôtes des arrangements qu’on est obligés de faire à contre-coeur. Par exemple cette hôte qui fait du bio mais utilise du plastique sur ses planches pour limiter le désherbage et l’humidité. Elle est consciente des pas à faire mais essaie de faire de son mieux avec ses moyens. Personne n’est parfait, l’important c’est d’essayer.


Sandra, 32 ans, « Rien n’était considéré comme nuisible, il s’agissait plutôt de réguler, pas d’exploiter. »

« J’ai découvert le maraîchage, l’ostréiculture, le travail de la vigne et je vais bientôt aller dans une cressonnière ! »

J’ai toujours vécu en ville, je suis professeur d’espagnol et je passe mes vacances en WWOOFing depuis un an. J’ai découvert le maraîchage, l’ostréiculture, le travail de la vigne et je vais bientôt aller dans une cressonnière !

Je me souviens de cette famille qui n’achetait que le minimum… Pourtant leurs enfants connaissaient énormément d’histoires et de jeux. Ils utilisaient essentiellement la bibliothèque, la ludothèque et pratiquaient beaucoup l’échange et le troc. Chaque semaine les enfants découvraient de nouveaux livres et de nouveaux jeux. L’ambiance était très douce, très paisible.

Tout était interconnecté !

Beaucoup d’hôtes pratiquent le circuit-court, je le savais bien sûr avant de partir, mais c’est devenu plus concret pour moi. Voir cette dame qui récupérait les coquilles d’huitres broyées de son voisin ostréiculteur pour renforcer la coquille des oeufs de ses poules par exemple. Ou chez un autre hôte où les poules aident le pommier en picorant les vers et parasites et en aérant un peu la terre, le pommier les protège des rapaces avec ses branches, etc. Rien n’était considéré comme nuisible, il s’agissait plutôt de réguler, pas d’exploiter. Il ne tuait pas le renard qui l’aider à se débarrasser des petits rongeurs. Tout était interconnecté !


Virginie, 31 ans « Arroser avec la récupération d’eau de pluie permet de visualiser ce que l’on consomme »

Je vis à Paris où je suis urbaniste. J’ai déjà fait trois séjours de WWOOFing. Ce qui m’a marqué, c’est la prise de conscience que j’ai eu sur les fermes où on récupérait l’eau de pluie. En arrosant, on voit la baisse du niveau et cela rend la consommation très concrète : on visualise ce qu’on utilise. En ville c’est plus abstrait, ça coule tout seul !

« Quand je reviens de WWOOF je suis choquée de voir les légumes bio emballés dans du plastique au supermarché et je n’ai plus envie d’y aller. »

Le compostage qui est difficile à réaliser en ville, est une évidence à la campagne. Les déchets se transforment en ressources, servent à enrichir la terre. Il y a peu de déchets dans les poubelles des fermes où je suis allée. Quand je reviens de WWOOF je suis choquée de voir les légumes bio emballés dans du plastique au supermarché et je n’ai plus envie d’y aller.

Blog de conseils pour créer son jardin en permaculture

Formé à l’agriculture, Guillaume a découvert la permaculture et a observé tout un tas de différentes pratiques au gré de ses séjours WWOOF. Des expériences qu’il décrit dans un blog et dans la revue numérique gratuite qu’il a lancée, Le potager permacole. A découvrir en suivant ce lien.

« Blettes multicolores et moutarde violette. » : Guillaume anime ce groupe facebook d’échanges de conseils. Si vous souhaitez le soutenir, il a aussi un financement participatif en cours ici.

Teindre avec la nature : le tuto éco du blog de Coralie

Graphiste nomade en WWOOFing, Coralie expérimente et vit au contact de la nature. Sur son blog Coraliesauvage.com, elle prend le temps de nous expliquer en détail et en images comment redonner des couleurs à un vêtement un peu trop blême. Une teinture pour faire « avec » et pas contre la nature.

 » Une fois encore, la teinture naturelle m’éblouit. Grâce à quelques pelures d’oignons jaunes et un mordançage à l’alun, cette blouse renaît dans une couleur solaire et chatoyante. »

Visiter le blog de Coralie

« Qui c’est qui passe l’éponge ? », les basiques de la vie collective

Faire du WWOOFing, c’est aussi partager la vie d’une personne ou d’une famille. Pour démarrer sur de bonnes bases, une petite révision des basiques de la vie collective rafraîchit toujours la mémoire. C’est ce que conseille Jean-Jacques Fasquel, grand habitué du WWOOFing qui partage ses expériences dans ses « Carnets de WWOOFing ».

« Soyez proactif pour mettre la table ou la débarrasser, proposez de cuisiner votre spécialité, d’étendre la lessive ou encore de passer un coup de balai dans la salle à manger, comme le ferait un autre membre de la famille. »

Les us et coutumes, les règles de savoir-vivre

« Vous allez débarquer dans l’intimité d’une famille. Même si cette dernière accepte, en conscience, de vous accueillir et de partager son quotidien avec vous, soyez respectueux des règles de vie de vos hôtes et ayez du savoir-vivre.

Pour ce qui est des tâches domestiques quotidiennes, participez sans attendre que l’on vous sollicite. Soyez proactif pour mettre la table ou la débarrasser, proposez de cuisiner votre spécialité, d’étendre la lessive ou encore de passer un coup de balai dans la salle à manger, comme le ferait un autre membre de la famille.

Pour les travaux de la ferme, mettez-vous dans une position d’apprenant humble, positif, volontaire et curieux. Vous n’avez pas bien compris une consigne ou appréhendé un geste ? Demandez à votre hôte de réexpliquer sa demande pour éviter de vous mettre dans une position inconfortable ne sachant pas exactement comment procéder, au risque de faire une bêtise. Les erreurs font partie de l’apprentissage et seront tolérées, mais autant les réduire au maximum. Votre hôte vous confie sans a priori son outil de production, la caisse de son étal au marché ou encore les clés de sa maison… Alors soyez à la hauteur de sa confiance.

Montrez-vous ouvert ! Vous venez découvrir une autre façon de produire et de vivre la société. Toutefois, cela n’empêche en rien de questionner votre hôte sur sa pratique ou des faire des propositions. Les étonnements du « candide » sont une vraie richesse pour les paysans qui ont souvent le nez dans le guidon et n’ont pas toujours le loisir de prendre du recul. Si vous avez des compétences spécifiques dont vous leur avez parlé, comptez sur eux pour vous demander de les mettre en oeuvre. Ainsi, Anne, une WWOOFeuse, a dessiné l’étiquette du premier millésime du vin du vignoble Celler La Gutina, en Espagne. Dix ans plus tard, cette étiquette est toujours utilisée !

Assez souvent, une complicité, voire une amitié, va naître. Suite à mes séjours, j’ai accueilli plusieurs de mes hôtes à mon domicile et j’ai gardé contact par mail avec d’autres. »

Extrait tiré du livre Carnets de WWOOFing, de Jean-Jacques Fasquel, éditions Terre vivante

96 pages – 10 € – coll. Champs d’action – éd. Terre vivante

En librairies, magasins bio, jardineries et sur boutique.terrevivante.org

L’automne au jardin : de l’engrais vert pour préparer les sols

Fabrice et Denis, hôtes dans l’Allier partagent leurs expériences de maraîchage biologique en sol vivant sur leur blog. A l’entrée de l’automne, ils sèment de l’engrais vert afin d’enrichir la terre en vue des prochaines cultures.

Lire l’article sur leur blog

Voir le profil d’hôtes de l’éco-jardin des Grivauds