« Mon été de WWOOF », retour d’expériences en dessins

Prendre le temps d’observer et de restituer : ce pourrait être une définition du WWOOFing, c’était le thème du jeu « Dessine ton été de WWOOF ». Retour d’expériences et témoignages en dessins de ces WWOOFeurs qui ont ont pris le contre-pied de l’immédiateté de la photo, pour le temps du dessin.


« traite des vaches laitières, soins aux génisses, cueillette de champignons… »

Dessin de Camille Srun (3e prix), à la Ferme de la Petite Echelle dans le Jura

« Voici la vue de la dent de Vaulion (Suisse) depuis le refuge d’alpage La petite échelle dans le Jura où je passe du bon temps. Au programme, la traite des vaches laitières, soins aux génisses, cueillette de champignons (dans la forêt dans le fond de l’aquarelle), réparations en tout genre, préparation des repas dans une ambiance très conviviale ! Une grande table de pic-nique nous permet de profiter de la chaleur du soleil en prenant notre petit-déjeuner, et derrière le chêne, les toilettes sèches permettent d’économiser l’eau, précieuse en alpage. Le potager à droite et dans le champs derrière habitent deux cochons ! Merci à Claire de m’accorder sa confiance et de me montrer les étapes de fabrication de ses délicieux fromages. » Camille Srun a gagné le 3e prix (bravo à elle !)


Dessin de Yannick Lecoeur, à la ferme La tanière des Licornes, dans la Drôme

« La bergerie qu’il a mis 12 ans à construire, de ses mains, avec des matériaux récupérés sur ses terres »

« Je garde très souvent des chèvres à La ferme d’Esmeralda en Normandie, dont les exploitants sont des amis à moi, et à force d’y croiser des WWOOFeurs, j’ai eu envie de vivre cette expérience.

Je dessine habituellement d’après les photos que je fais mais cet été, à La tanière des Licornes, dans la Drôme, j’ai dessiné d’après nature, pendant mes pauses.

Il s’est avéré presque impossible de dessiner les chèvres, les brebis ou les chiens toujours en mouvement… Mais Lukas m’a demandé de dessiner la bergerie qu’il a mis 12 ans à construire, de ses mains, avec des matériaux récupérés sur ses terres. Le bâtiment étant magnifique, ce fut très agréable à dessiner.

J’y ai passé pas mal de temps aussi entre le rangement et le curage de la bergerie et la chèvrerie. Ce WWOOFing a été à la fois un moment de communion avec la nature, mais surtout une vraie rencontre et de longues et enrichissantes discussions avec Sandrine et Lukas, des paysans passionnés et totalement engagés dans ce qu’ils font.

J’envisage l’an prochain de partir un an en WWOOFing à l’étranger, et certainement raconter ça en bande-dessinée. J’adore découvrir comment les gens s’organisent, leur rapport au monde animal, et leur philosophie de vie. » Yannick

« Il s’est avéré presque impossible de dessiner les chèvres, les brebis ou les chiens (toujours en mouvement…) » Yannick Lecoeur à la La tanière des Licornes dans la Drôme

« Comprendre comment fonctionne un moulin à meules de pierre »

Dessin de Valentin Manel (2e prix), à la ferme La Clé du Pain dans le Gers

« Au moulin de La Ferme en Coton, à Auch dans le Gers, pendant ma dernière semaine de WWOOFing cet été. Ce fût l’occasion de comprendre comment fonctionne un moulin à meules de pierre en l’illustrant.
C’est l’élément clef de la transformation des céréales de la ferme vers une farine complète. Les grains sont moulus grâce aux meules de pierre, tournantes et dormantes, filtrés dans un tamis qui tourne à l’intérieur du caisson en bois, et ressort en se séparant de son enveloppe (le son) pour terminer dans des sacs à farine. » Valentin Manel a gagné le 2e prix (bravo Valentin !)


« Les poireaux répondent aux étoiles en montant en fleurs »

Dessin de Julie Malardel « Dans le potager de Will l’astrophysicien, les poireaux répondent aux étoiles en montant en fleurs. »

« Nous sommes Sacha et Julie, 28 et 29 ans. Nous sommes costumières et modistes, créatrices d’une marque de vêtements inspirés de nos voyages. Depuis 2018, nous vivons une transition vers la campagne grâce à des expériences à la ferme. Nous avons passé 6 mois dans une ferme en Ardèche.
Chaque année nous faisons les vendanges en Champagne, nous aimons aussi fabriquer des objets nous mêmes, faire notre pain, cuisiner, prendre le temps de dessiner, jouer de la musique… Nous sommes sensibles à l’écologie, évitons au maximum de faire des déchets, et nous cherchons à mener une vie la plus respectueuse possible de la nature. Pour le concours, nous avons dessiné le même sujet, lors d’un WWOOFing vécu ensemble, mais avec chacune notre patte. » Sacha et Julie

Dessin de « Dans le potager de Will l’astrophysicien, les poireaux répondent aux étoiles en montant en fleurs. »

« La voie d’une échelle de production modérée et maitrisable »

Dessin de Delphine Ingigliardi, chez Claire et Yann à la Ferme de la Grande Goublaie en Bretagne.

« Je fais du WWOOFing en famille depuis 3 ans et réalise régulièrement des carnets de voyage en amatrice. A la Ferme de la Grande Goublaie, dans les Côtes-d’Armor, j’étais avec Hoel, Moussa, Gana la chienne, les chats, les canards, les poules, les 2 cochons et les 40 vaches laitières dont nous nous occupons quotidiennement. La ferme est en quasi autonomie maraichère. Les céréales cultivées servent aux bêtes et à la fabrication de pain. Ces fermiers locataires dédient tout leur temps à l’équilibre de cette petite communauté, et ont choisi il y a plus de trente ans la voie d’une échelle de production modérée et maitrisable, ils ont 2 salariés et partent même en vacances ! Un exemple bienheureux ! » Delphine


« Deux jours plus tard, un rosier s’épanouit… »

Dessin de Marta Jarque Martinez

« En nettoyant le jardin des rosiers, j’ai trouvé un petit bout de test, précieux… Je ne l’ai pas empilé avec le reste des pierres et des morceaux de tuiles… Je l’ai gardé dans la poche. Deux jours plus tard, un rosier s’épanouit… » Marta

Dessin de Marta Jarque Martinez

« Voyager tout en apprenant un nouveau style de vie »

Dessin de Méline Duhaubois (1er prix), chez ses hôtes de la Maison de l’Engranne en Gironde

« Je viens de Normandie et, cet été, j’ai fais du WWOOFing pour la première fois à Jugazan près de Bordeaux. J’ai quitté mon école d’art pour voyager à travers le monde. Après l’Afrique du Sud en sac à dos et l’Irlande à vélo, j’ai décidé de passer mon été en France : j’ai pour projet de me créer un habitat artistique et autosuffisant, et le WWOOFing me permet de voyager tout en apprenant un nouveau style de vie et de rencontrer les personnes susceptibles de m’aider dans mon projet. » Méline Duhaubois, gagnante du 1er prix (félicitations Méline !)

Julia, éleveuse de cochons bio en Bourgogne « Transmettre une pratique encore rare »

Formée grâce au WWOOFing, Julia partage maintenant son temps entre son élevage de cochons bios et sa production de pâtes fraîches. Elle accueille des WWOOFeurs curieux et motivés pour transmettre à son tour ses techniques.

« Le WWOOFing s’est alors ouvert à moi comme un volet formateur de mon parcours. »

J’ai 37 ans, je vis près de Cluny (71) et je suis aujourd’hui hôte WWOOF éleveuse de cochons bios et paysanne pastière : c’est à dire qu’une semaine sur deux je propose du porc (50 cochons/an) en côtelettes, charcuterie sèche, terrines… et l’autre semaine des pâtes fraîches.

J’ai toujours été très proche de la nature, mais étant très mauvaise en maths j’ai préféré suivre une filière littéraire plutôt que des études en environnement. Je me suis tournée vers une fac de socio parce que je pensais que c’était la meilleure façon d’aborder les études d’assistante sociale… mais après quelques années en tant que telle sur ma région, j’ai perdu mes illusions…

De là, coûte que coûte, j’ai décidé de faire le métier qui me plairait vraiment et ai choisi de passer mon BPREA* : le WWOOFing s’est alors ouvert à moi comme un volet formateur de mon parcours. Quelques années avant même la création de l’antenne nationale française, j’avais déjà vu un reportage sur le WWOOFing et j’avais trouvé ça génial ! J’ai donc été WWOOFeuse avant d’être hôte.

Pour valider mon diplôme, approfondir ma formation, j’ai effectué trois séjours chez des hôtes WWOOF éleveurs de porcs, puis en entreprise, en Italie, chez des paysans pastiers (producteurs de pâtes) qui m’ont apporté la pratique essentielle qu’il manquait à cette belle théorie : à mes yeux c’est un système de transmission de savoirs très précieux. Surtout, l’élevage de porcs bios étant très rare, c’est vraiment grâce au WWOOFing que j’ai pu acquérir de l’expérience dans cette niche et quantifier le travail que ce métier demandait : donnée inestimable !

Depuis maintenant 4 ans c’est à mon tour d’accueillir même si je rêve encore de repartir en WWOOFing découvrir la vie d’estive notamment… J’accueille de préférence des personnes ayant un projet d’installation, des personnes curieuses pour partager des centres d’intérêts communs, débattre sur l’actualité, parler de littérature ou bien échanger sur la faune et la flore lors de balades car le WWOOFing est aussi à mes yeux un enrichissement mutuel inépuisable si tant est qu’on se soit bien trouvés !

* Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole en productions animales ou horticoles

Découvrir le profil d’hôte de Julia

L’été de ferme en ferme de Jocelyn Marques

WWOOFeur et photographe, Jocelyn Marques, a baladé son appareil photo de verger bio en ferme apicole pour saisir l’esprit du WWOOFing. D’avril à août 2018, tout en participant aux activités quotidiennes, il lui a été permis de photographier et de filmer les moments de vie entre hôtes et bénévoles.

Etape 1/5 : apiculture chez Michel et Catherine

L’aventure a commencé le 16 avril dans la Creuse, chez Michel et Catherine, un couple d’apiculteur. Pissenlit, acacia, sapin ou châtaignier, depuis 2005, ils produisent un miel bio délicieux. Proches de la nature et des animaux, ils ont à coeur de transmettre leur savoir et leur quotidien. Ils accueillent des WWOOFeurs depuis maintenant un an. On y vit au rythme des abeilles.

Durant mon séjour, j’ai rencontré d’autres WWOOFeurs venus s’initier à l’apiculture. Vérèna, une allemande qui découvrait la France pour la première fois, Bertrand et Mathieu, professeurs d’histoire-géo en Ile-de-France. Leur humour et leur curiosité ont rendu leur séjour mémorable !

Ensemble, Michel nous a fait vivre une expérience extraordinaire : la transhumance de trois millions d’abeilles sur plus de deux cents kilomètres. Une sacrée aventure et un premier contact passionnant avec les abeilles.

Etape 2/5 : maraîchage, élevage et boulangerie à la Gravelle

Direction l’estuaire de Gironde, entre Bordeaux et Royan, à la ferme de la Gravelle. On y pratique plusieurs activités, agricoles et artisanales, mais surtout on y défend une agriculture paysanne, bio et actrice de son territoire. Je vais passer une partie de mon séjour avec Julien et Mélanie sur la partie maraîchage.

Anciens parisiens installés là depuis trois ans. Ce jeune couple et leurs trois enfants ne manque pas d’énergie et de projets ! Maraîchage, augmentation de la surface de culture, création d’un pré-verger … J’ai enrichi mes quelques notions de maraîchage, j’ai appris à faire du pain bio avec Fanny la boulangère, assisté à la tonte des moutons avec les éleveurs, joué de la musique et longuement échangé avec Robert, un artiste anglais installé sur la ferme depuis dix ans.

En compagnie de deux autres bénévoles, Ana et Aude, nous avons visité les villages environnants, chanté, dansé, énormément discuté et rit. Nous avons tous les trois passés beaucoup de temps dans les serres ainsi qu’en plein champ. La diversité des activités quotidienne nous a permis de prendre conscience de l’ampleur du travail ainsi que de sa complexité.

Etape 3/5 : maraîchage sur sol vivant en Dordogne

Début juillet je me suis rendu en Dordogne à la ferme de Cagnolle. Inspiré par les travaux de M. Fukuoka, S. Holzer et D. Soltner, Benoit et Carmen expérimentent sur 13 hectares en permaculture. 

En lien avec l’association Maraîchage Sol Vivant, ils revendiquent une agriculture innovante pour produire en quantité mais dans le respect du vivant, sans polluer et en régénérant leur sol. Ils travaillent aussi à la mise en place d’un atelier d’aquaponie dans une serre dôme et projettent d’auto-produire l’alimentation des poissons. En 10 ans, à force de volonté, leur ferme est devenue un lieu incontournable qui forme au maraîchage sur sol vivant.

Je suis très admiratif face au travail accompli. Durant ce très beau séjour j’ai passé beaucoup de temps avec deux autres WWOOFeurs. Thibaut, alsacien de 27 ans qui est venu dans une démarche d’apprentissage avant de s’installer en tant que maraîcher. Marie avait déjà séjourné dans la ferme il y a quatre ans. Titulaire d’un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA), elle connaissait déjà très bien le métier. Elle était là pour donner un coup de main, peaufiner ses connaissances et tout simplement pour passer du bon temps avec Benoît et Carmen.

Etape 4/5 : maraîchage sur la route de Compostelle

Début août, je me suis rendu dans le Tarn-et Garonne, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est dans le hameau de Mathaly, sur les côteaux de Moissac que Valentin s’est installé comme maraîcher il y a deux ans. Sur sa petite ferme de 15 hectares, poussent sous serre, des tomates, concombres, poivrons, aubergines, melons et courgettes en été, et épinards, radis, et mâche en hiver. Mais aussi des haricots, carottes, betteraves, choux et physalis en plein champ. Valentin cultive aussi des fruits dans ce cadre superbe. Valentin a énormément de projets pour développer sa ferme. Il a déjà accueilli six WWOOFeurs depuis son installation et ne compte pas s’arrêter là.

Je suis resté 10 jours à la ferme. Il n’y avait pas d’autres WWOOFeurs. J’ai donc passé beaucoup de temps avec Valentin à l’aider et à discuter. J’ai pu l’accompagner à une foire bio ainsi qu’à deux marchés, nous nous sommes baladés en vélo et, à plusieurs reprises, nous somme allés visiter le très beau village de Moissac, profiter du soleil en terrasse, manger une pizza, voir un petit concert. C’était vraiment un super séjour, très enrichissant sur le plan humain.

Etape 5/5 : soin des chevaux dans un ranch

Pour mon dernier séjour, j’ai eu la chance d’être accueilli dans un lieu atypique, le ranch de Candaü, chez Raphaël et Dounia. Ils se sont rencontrés à Tahiti il y a deux ans et demi. Et voilà maintenant un peu plus d’un an qu’ils se sont lancé dans la construction de leur havre de paix, le ranch de Candaü. Installés près de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques sur un terrain de 11 hectares de bois et de prairies. Dounia et Raphaël souhaitent bâtir un lieu dédié au cheval au coeur d’une nature resplendissante. Pension, dressage, élevage, cours d’équitation, randonnées à cheval, en poney, à dos de lamas et pourquoi pas de chameau. Pour le moment, le ranch est en construction, il ouvrira ses portes au public dans un an ! 

J’ai partagé cette expérience avec Oscar et Gislaine qui découvraient le WWOOFing. Oscar, un espagnol de 25 ans venu des Îles Canaries pour faire du WWOOFing afin d’apprendre le français. Raphaël et moi-même parlons très bien espagnol, et nous avons donc pu l’aider à comprendre. Gislaine a 47 ans et elle enseigne les mathématiques. Grande amatrice d’équitation, elle est venue pour le plaisir de passer du temps à s’occuper des chevaux.