WWOOFing et famille : conseils à la source

Plus de 500 hôtes acceptent de recevoir des WWOOFeurs en famille. Une belle idée qui pose des questions d’organisation. Retour d’expériences d’hôtes et de WWOOFeurs.

Lola et Fabien, hôte-maraîchers et parents de 2 enfants

« Nous avons des enfants, et c’est parfois plus simple de se comprendre avec des familles. »

Nous sommes dans le réseau WWOOF France depuis presque un an. L’été dernier nous avons accueilli deux familles.

WF : Pourquoi ce choix ?

Nous avons des enfants, et c’est parfois plus simple de se comprendre avec des familles : chacun a son propre centre de gravité, ça peut-être plus facile de trouver sa place que pour un WWOOFeur qui vient seul.

WF : Comment s’est organisée la vie quotidienne sur place ?

Chacune des familles était autonome au niveau du couchage. Nous avons pourtant ce qu’il faut mais ils sont arrivés soit en caravane, soit en camion aménagé. La première famille nous aidait le matin, allait visiter le coin les après-midis et en profitait pour dîner tous les soirs à l’extérieur. L’autre famille préférait rester la journée avec nous, et nous prenions tous nos repas ensemble. A chaque fois, ce fût des séjours courts, d’une semaine environ.

WF : Est-ce que ça ne fait pas beaucoup de monde à nourrir d’un coup ?

Les repas étaient simples et on a l’habitude de cuisiner pour des grandes tablées alors ce ne sont pas quelques estomacs d’enfants qui vont grever notre budget ! Bon, c’est vrai que nous n’avons encore jamais eu d’ado à table ;)…

WF : Et côté gestion des enfants dans l’espace de la ferme ?

Nous sommes sur une grande parcelle fermée, les enfants peuvent se déplacer librement. Parfois, je choisissais de faire une chose à laquelle un enfant pouvait participer, comme de la peinture par exemple. Mais ce qu’ils aimaient surtout, c’était s’occuper des poules !

Visiter le profil de la ferme de T.A.N.G.A

Adrien et sa fille Eva, une semaine de WWOOFing dans le Perche

« On participait à toutes les tâches du quotidien. »

WF : WWOOFer en vacances avec ta fille, d’où t’est venue cette idée ?

Je cherchais d’abord une immersion totale à la campagne avec ma fille de 6 ans, et non pas des vacances pas chères (mais finalement, ça a aussi été le cas !). J’étais là pour le plaisir d’être en plein air et d’aider la famille de maraîchers qui nous a accueillis dans le Perche. Ils avaient 3 jeunes enfants et ma fille a pu un peu participer, comme l’aurait fait une petite de la ferme, à ramasser les œufs et nourrir les poules.

WF : Comment s’est organisée la vie quotidienne ?

Nous sommes venus en camion aménagé donc nous étions autonomes sur le couchage. Mais nous prenions tous nos repas ensemble avec la famille qui nous accueillait, du petit-déj au repas du soir. On participait à toutes les tâches du quotidien : on allait “cueillir les courses” dans le jardin, on faisait un peu de troc avec l’éleveur d’à-côté pour la viande. Pour la cuisine et la vaisselle, c’était à tour de rôle, ça se faisait naturellement.

WF : Ta fille a t-elle réussi à s’adapter facilement ?

Sans aucun problème ! Bien sûr, tout n’est pas comme à la maison : nous qui avons l’habitude des baguettes bien blanches, on a mangé du pain de campagne qui se garde longtemps. Personne ne m’empêchait d’aller à la boulangerie du coin si je n’étais pas content ! Mais l’état d’esprit c’est quand même de se laisser embarquer par la vie de la ferme, pas de chercher à appliquer son fonctionnement habituel.

WF : Mais comment s’occuper d’un enfant tout en WWOOFant quand on est une famille monoparentale ?

Quand elle n’était pas avec les poules ou le chien qu’elle rêverait d’avoir, Eva jouait avec ses crayons de couleurs et ses jeux mais aussi avec la famille… elle sait s’occuper. Il y a certainement eu quelques moments d’ennui pour elle, mais d’un point de vue éducatif, je trouve ça bien qu’elle rêvasse un peu.

Thierry, hôte en Ardèche et père de 3 enfants

« Pour que ça marche, mieux vaut avoir des enfants autonomes, à partir de 7 ou 8 ans. »

WF : Après de nombreux accueils de WWOOFeurs en famille, tu as choisi d’arrêter, pourquoi ?

Oui, car accueillir une famille demande naturellement plus de temps que l’accueil d’un WWOOFeur seul : aujourd’hui nos projets sont bien lancés et ne nous permettent plus d’être aussi disponibles.

WF : Quelle expérience en retires-tu ?

Avec la ferme, on a pas trop l’occasion de partir, alors avec le WWOOFing, c’est le monde qui vient à nous ! Nous avons trois enfants qui suivent l’école à la maison, et ma femme est accompagnatrice à la natalité… c’est donc tout naturellement que nous avons reçu plein de familles. Tous les profils sont passés à la maison. A chaque fois ce fût des rencontres singulières. Un de nos premiers WWOOFeurs est même devenu le parrain d’un de mes enfants.

WF : Tu as des conseils à donner pour que tout se passe bien ?

Pour que ça marche, mieux vaut avoir des enfants autonomes, à partir de 7 ou 8 ans. Il faut aussi que la relation avec les parents soit bonne : que les enfants les écoutent suffisamment, qu’ils ne soient pas obligés de crier. Il faut aussi avoir conscience que le WWOOFing en famille ça complique les paramètres d’accueil : rythme, goût pour la nourriture de la campagne, logistique… et ce qui est naturel pour nos enfants à la campagne – se faire griffer par une ronce ou chatouiller par une bestiole – peut devenir un événement parfois très dur à gérer pour un petit citadin. Et surtout, il ne faut pas être pris par des impératifs de production, être relax.

Anne-Laure, hôte en Bretagne

« Les familles de WWOOFeurs
participent aussi à la vie quotidienne. »

Avec Gilles, on accueille au moins 3 ou 4 familles de WWOOFeurs par an, depuis plusieurs années.

WF : Une famille, ça complexifie l’accueil, pourquoi fais-tu ça ?

Je viens de l’éducation populaire, j’aime transmettre et surtout j’aime l’idée de passer des vacances à apprendre et non pas à consommer. Les familles qui viennent en WWOOFing chez nous sont sur la même longueur d’onde, cela fait qu’on se comprend très vite.

WF : Et concrètement, comment ça s’organise ?

Le parent donne un coup de main au jardin pendant que les enfants partent à l’aventure avec les miens qui ont une dizaine d’années. Il faut qu’ils soient assez grands pour ça bien sûr. Les familles de WWOOFeurs participent aussi à la vie quotidienne : ils font quelques courses de temps en temps, aident à la préparation du repas, à mettre la table, etc… Tout s’équilibre très naturellement.

WF : Donnes-tu des consignes à l’arrivée ?

Bien avant ! J’envoie toujours un petit document après le premier contact pour être bien claire. J’y récapitule nos règles de gestion de l’eau, les tâches attendues de la part des parents selon les saisons, l’organisation des repas… Par exemple, nous prenons nos repas ensemble à midi mais pas systématiquement les soirs afin de se préserver des moments en famille. Il faut dire que l’été, la cuisine de notre petit éco-camping permet aux familles d’être autonomes à certains moments.

WF : Et tu n’as jamais eu de mauvaises expériences ?

Une seule si. Cet hiver, une maman et sa fille qui sont venues et reparties le lendemain sans rien dire, même pas au-revoir… On se demande toujours ce qui lui pris ! Va savoir…

Visiter le profil de l’Eco Domaine Le Bois du Barde


Un accueil réglementé

  • Il faut être majeur et avoir adhéré à l’association pour être WWOOFeur.
  • A ce titre, un enfant ne peut bien sûr pas être considéré comme un WWOOFeur.
  • Si il peut accompagner et participer à certaines activités, cela doit se faire en accord avec l’hôte, et bien sûr sous la responsabilité de ses parents.

“Vous souhaitez partager vos conseils et expériences de WWOOFing en famille ? N’hésitez pas à nous écrire à hello@wwoof.fr, nous vous recontacterons pour recueillir vos témoignages. ”

L’été de ferme en ferme de Jocelyn Marques

WWOOFeur et photographe, Jocelyn Marques, a baladé son appareil photo de verger bio en ferme apicole pour saisir l’esprit du WWOOFing. D’avril à août 2018, tout en participant aux activités quotidiennes, il lui a été permis de photographier et de filmer les moments de vie entre hôtes et bénévoles.

Etape 1/5 : apiculture chez Michel et Catherine

L’aventure a commencé le 16 avril dans la Creuse, chez Michel et Catherine, un couple d’apiculteur. Pissenlit, acacia, sapin ou châtaignier, depuis 2005, ils produisent un miel bio délicieux. Proches de la nature et des animaux, ils ont à coeur de transmettre leur savoir et leur quotidien. Ils accueillent des WWOOFeurs depuis maintenant un an. On y vit au rythme des abeilles.

Durant mon séjour, j’ai rencontré d’autres WWOOFeurs venus s’initier à l’apiculture. Vérèna, une allemande qui découvrait la France pour la première fois, Bertrand et Mathieu, professeurs d’histoire-géo en Ile-de-France. Leur humour et leur curiosité ont rendu leur séjour mémorable !

Ensemble, Michel nous a fait vivre une expérience extraordinaire : la transhumance de trois millions d’abeilles sur plus de deux cents kilomètres. Une sacrée aventure et un premier contact passionnant avec les abeilles.

Etape 2/5 : maraîchage, élevage et boulangerie à la Gravelle

Direction l’estuaire de Gironde, entre Bordeaux et Royan, à la ferme de la Gravelle. On y pratique plusieurs activités, agricoles et artisanales, mais surtout on y défend une agriculture paysanne, bio et actrice de son territoire. Je vais passer une partie de mon séjour avec Julien et Mélanie sur la partie maraîchage.

Anciens parisiens installés là depuis trois ans. Ce jeune couple et leurs trois enfants ne manque pas d’énergie et de projets ! Maraîchage, augmentation de la surface de culture, création d’un pré-verger … J’ai enrichi mes quelques notions de maraîchage, j’ai appris à faire du pain bio avec Fanny la boulangère, assisté à la tonte des moutons avec les éleveurs, joué de la musique et longuement échangé avec Robert, un artiste anglais installé sur la ferme depuis dix ans.

En compagnie de deux autres bénévoles, Ana et Aude, nous avons visité les villages environnants, chanté, dansé, énormément discuté et rit. Nous avons tous les trois passés beaucoup de temps dans les serres ainsi qu’en plein champ. La diversité des activités quotidienne nous a permis de prendre conscience de l’ampleur du travail ainsi que de sa complexité.

Etape 3/5 : maraîchage sur sol vivant en Dordogne

Début juillet je me suis rendu en Dordogne à la ferme de Cagnolle. Inspiré par les travaux de M. Fukuoka, S. Holzer et D. Soltner, Benoit et Carmen expérimentent sur 13 hectares en permaculture. 

En lien avec l’association Maraîchage Sol Vivant, ils revendiquent une agriculture innovante pour produire en quantité mais dans le respect du vivant, sans polluer et en régénérant leur sol. Ils travaillent aussi à la mise en place d’un atelier d’aquaponie dans une serre dôme et projettent d’auto-produire l’alimentation des poissons. En 10 ans, à force de volonté, leur ferme est devenue un lieu incontournable qui forme au maraîchage sur sol vivant.

Je suis très admiratif face au travail accompli. Durant ce très beau séjour j’ai passé beaucoup de temps avec deux autres WWOOFeurs. Thibaut, alsacien de 27 ans qui est venu dans une démarche d’apprentissage avant de s’installer en tant que maraîcher. Marie avait déjà séjourné dans la ferme il y a quatre ans. Titulaire d’un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA), elle connaissait déjà très bien le métier. Elle était là pour donner un coup de main, peaufiner ses connaissances et tout simplement pour passer du bon temps avec Benoît et Carmen.

Etape 4/5 : maraîchage sur la route de Compostelle

Début août, je me suis rendu dans le Tarn-et Garonne, sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est dans le hameau de Mathaly, sur les côteaux de Moissac que Valentin s’est installé comme maraîcher il y a deux ans. Sur sa petite ferme de 15 hectares, poussent sous serre, des tomates, concombres, poivrons, aubergines, melons et courgettes en été, et épinards, radis, et mâche en hiver. Mais aussi des haricots, carottes, betteraves, choux et physalis en plein champ. Valentin cultive aussi des fruits dans ce cadre superbe. Valentin a énormément de projets pour développer sa ferme. Il a déjà accueilli six WWOOFeurs depuis son installation et ne compte pas s’arrêter là.

Je suis resté 10 jours à la ferme. Il n’y avait pas d’autres WWOOFeurs. J’ai donc passé beaucoup de temps avec Valentin à l’aider et à discuter. J’ai pu l’accompagner à une foire bio ainsi qu’à deux marchés, nous nous sommes baladés en vélo et, à plusieurs reprises, nous somme allés visiter le très beau village de Moissac, profiter du soleil en terrasse, manger une pizza, voir un petit concert. C’était vraiment un super séjour, très enrichissant sur le plan humain.

Etape 5/5 : soin des chevaux dans un ranch

Pour mon dernier séjour, j’ai eu la chance d’être accueilli dans un lieu atypique, le ranch de Candaü, chez Raphaël et Dounia. Ils se sont rencontrés à Tahiti il y a deux ans et demi. Et voilà maintenant un peu plus d’un an qu’ils se sont lancé dans la construction de leur havre de paix, le ranch de Candaü. Installés près de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques sur un terrain de 11 hectares de bois et de prairies. Dounia et Raphaël souhaitent bâtir un lieu dédié au cheval au coeur d’une nature resplendissante. Pension, dressage, élevage, cours d’équitation, randonnées à cheval, en poney, à dos de lamas et pourquoi pas de chameau. Pour le moment, le ranch est en construction, il ouvrira ses portes au public dans un an ! 

J’ai partagé cette expérience avec Oscar et Gislaine qui découvraient le WWOOFing. Oscar, un espagnol de 25 ans venu des Îles Canaries pour faire du WWOOFing afin d’apprendre le français. Raphaël et moi-même parlons très bien espagnol, et nous avons donc pu l’aider à comprendre. Gislaine a 47 ans et elle enseigne les mathématiques. Grande amatrice d’équitation, elle est venue pour le plaisir de passer du temps à s’occuper des chevaux. 

Des hôtes solidaires ouvrent leurs fermes aux réfugiés

Le programme WWOOFing Solidaire lancé par WWOOF France a démarré. Malick a pu parfaire ses connaissances en élevage chez Claude Lamaud. Tandis que Amadou s’est initié à l’agriculture bio chez Laurent Pasteur. Des parcours réussis grâce à la générosité des hôtes, de nos référents bénévoles et de partenariats avec deux associations.

Ce programme d’accueil pour les demandeurs d’asiles (personnes en attente de régularisation) a pour objectif d’offrir des moments d’activités en milieu rural, permettant de recréer du lien humain et social. C’est aussi l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences agricoles.

Deux expériences ont eu lieu en décembre 2018. Un premier partenariat avec JRS, une association d’aide aux migrants de Paris, a permis l’accueil de Malick et Amadou chez Claude LAMAUD et Laurent PASTEUR, deux hôtes Solidaires de Haute-Vienne. Deux séjours distincts, d’une semaine, pour prendre contact et découvrir les lieux. Apprendre à se connaitre et vivre ensemble. Sortir de l’inaction forcée des CADA (centres d’hébergement), prendre l’air et écouter le silence de la campagne.

Amadou entouré de Laurent, son hôte-solidaire, de Lucile, référente de l’association JRS et Marie-Hélène, référente WWOOF France.

Avant de démarrer les accueils à proprement dit, une première rencontre entre Marie-Hélène Evert (référente WWOOF-France Limousin), Lucile FROITIER (la référente de JRS) et les hôtes-Solidaires a permis de répondre à leurs inquiétudes et questions diverses.

Malick étant plus intéressé par l’élevage, son choix s’est porté sur la ferme de Claude où il a pu aborder différentes activités agricoles en sa compagnie : s’occuper des vaches écossaises, des lapins et des poules. Il a particulièrement apprécié le contact avec les lamas, animal qu’il ne connaissait pas. La culture et la transformation des Simples correspondaient plus aux désirs d’Amadou, c’est donc chez Laurent qu’il fut accueilli. Il y a appris à planter des fruitiers (trous, plantations, amendement en compost de paille), à faire des terrasses pour le potager et du désherbage. Pour Amadou ce séjour fut l’occasion d’apprécier le calme de la campagne, le bruit du vent dans les arbres, les moments de silence qui lui ont permis de se ressourcer, de mieux réfléchir sur lui-même et de se reposer de l’agitation de la ville. De rencontrer de nouvelles personnes bienveillantes et disponibles et créer ainsi de nouveaux liens. Sa découverte du miel comme aliment et non comme médicament comme il en avait usage avant : un moment très émouvant où il nous a parlé de sa mère.

Ce fut aussi l’occasion tant pour Malick que pour Amadou de rencontrer les voisins, les amis, parents et conjoint de leurs hôtes, de tisser de nouveaux liens et de faire de belles rencontres. Quelques jours après l’accueil, Malick a demandé le numéro de Claude afin de prendre de ses nouvelles. Une belle relation s’est apparemment tissée entre tous les deux, et ils vont garder contact. Tous on évoqué le désir de renouveler l’expérience autant pour le plaisir de se revoir que celui de suivre l’évolution de leurs plantations.

Le succès de ces expériences repose sur la qualité d’écoute et de respect de tous les protagonistes mais aussi grâce à l’énergie et la compétence de référents (WWOOF France et JRS France) sans qui rien n’aurait été possible. D’autres séjours se construisent dans le Limousin mais aussi dans le Calvados (avec l’association SINGA) et bientôt dans d’autres régions.

Si vous faites partie des hôtes adhérents WWOOF France, vous pouvez intégrer le programme en contactant notre délégué WWOOF Solidaire : jerome@wwoof.fr.